il y a : il y a 2 d'années  (03/02/2021)   Ι   affichage: 2.35K   Ι   Commentaires:0


Serge Bondedi - Coordonateur de l'ONG YMAE/ Photo droits tiers

Serge Bondedi - Coordonateur de l'ONG YMAE/ Photo droits tiers


Depuis quelques jours, la Banque Mondiale a publié un communiqué sur la suspension de l’appui apportée au Gouvernement Congolais sur la gratuité de l’enseignement en RDC. Une décision qui impactera considérablement la mise en oeuvre de la gratuité.


Dans une Interview accordée à Nakelasi, Serge Bondedi, Coordonnateur de l’ONG YMAE, clarifie la situation et dresse le tableau des conséquences qui s’en suivront suite à cette décision.

Q1. La suspension du financement en appui à la gratuité aura quelle incidence sur le processus déjà lancé (ndlr: mise en application de la gratuité de l’enseignement) ?
 
SB(Serge Bondedi):  il convient d’abord de donner quelques précisions; les informations reçues font état d’un retard de financement et non de la suspension du financement parce que le projet PERSE est là mais il y a un retard dû aux suspicions qui sont tout à fait légitimes sur le rapport de l’IGF. Dans cette somme de 800 millions de USD repartie en don et en emprunt, c’est une association actionnaire qui a donnée l’argent; Et avec tout ce qu’il ya eu comme bruit donc c’est tout à fait normal pour la banque de vouloir s’assurer pour ne pas placer l’argent dans un environnement hostile.

S’il s’avère que la Banque interrompt le financement de ce projet, il y aura  une incidence bien-sûre parce que certaines prévisions ont été faites en tenant compte de cet appui budgétaire et dans ces prévisions vous avez la prise en charge des enseignants Nouvelles Unités (NU) et certains enseignants non payés(NP). Les NU qui doivent être pris en compte sont pour l’ensemble évalué à environ 149.000; Il faut savoir que jusqu’au stade actuel, c’est le gouvernement qui prend en charge les enseignants. Hors dans la gratuité il n’y a pas que la prise en charge des enseignants, Il y a d’autres obligations et d’autres charges. Au stade actuel c’est le volet prise en charge des enseignants qui absorbe un grand pourcentage. Donc s’il s’avère que la banque suspend le processus, c’est tout un mécanisme qui sera bloqué; les prévisions qui ont été faites ne seront pas honorés.

Q2: Qu’est ce qui changera désormais ?

SB: ce qui pourra changer en cas du ralentissement du projet; c’est le fait que la mise en application de la gratuité va s’empirer. Déjà, il faut le dire, dans beaucoup d’écoles la gratuité n’existe presque plus. Les parents payent partiellement les frais question de motiver les enseignants. Donc cette situation risque de s’empirer.

Q3: le prochain Gouvernement aura t-il une marge de manœuvre pour sauver la gratuité?
SB: Oui, c’est une question de volonté et de technicité. Les choses se sont beaucoup trop compromises parce qu'il n'y a pa eu la mise en marche de beaucoup de mécanismes. Le premier mécanisme qui est celui du suivi collégiale, c’est à dire tous ceux qui se sont investis pour la mise en application de la gratuité ont été, pour la plus part, mis des côtés. Il ya eu un arrêté mettant en place une commission de suivi de plusieurs parties prenantes mais cela a été systématiquement mis de coté.

Donc le prochain gouvernement , s’il veut réussir la gratuité, devra en tenir compte. On ne peut pas bruler les sentiers battus; dans la mesure du possible recarder la communication et la sensibilisation pour que chaque partie sache le champs d’application de la gratuité, les limites et le caractère progressif pour que les choses ne soient pas tirés dans tous les sens tels que nous connaissons actuellement . Il faudra donc renforcer ce lien de collégialité, cette complicité positive autour de la gratuité  pour permettre à toutes les parties prenantes de regarder dans la même direction tel que cela a été proposé à la table ronde sur la mise en application de la gratuité.

Q4: A ce jour, les faits donnent-ils raison aux catholiques qui, depuis le début, avaient demandé de repenser la gratuité pour une meilleure programmation et gestion ?
SB: Ce n’est pas question de donner raison à qui que se soit. Je peux vous citer un communiqué que nous avons publié en décembre 2019, soit 4 mois après le lancement de la gratuité. Nous avons fustigé, dans ce communiqué, la gouvernance de la gratuité. Nous l’avons fustigé à l’époque peut être les gens n’y prêtaient attention et nous avons fait savoir notre inquiétude à plusieurs partenaires techniques et financiers du Gouvernement mais malheureusement cela n’a pas été pris en compte. Aujourd’hui nous sortons de la tenue des assemblées publiques où les bénéficiaires (ndlr: parents, élèves) et partenaires éducatifs ont reconnu l’importance de cette reforme sur la gratuité; Mais lors des assises de la table ronde déjà on parlait d’une gratuité progressive qui malheureusement cet aspect progressif n’a pas été pris en compte dans la gouvernance, aucun document sur la politique de la gratuité n’a été défini au niveau du Gouvernement, tout s’est limité en des termes génériques.

Q5. La Banque Mondiale pourra t-elle revenir sur sa décision ?
SB: La Banque n’a pas annulé la mise en oeuvre du projet PERSE (ndlr: Financement de la gratuité) ; Elle veut tout simplement avoir des assurances si les cas de fraude dénoncés ont un impact sur le projet. C’est qui est tout à fait logique car la banque a financé et finance en même temps plusieurs projets: projet de mille écoles, projet PAQUE, projet PEQPESU etc.. ce sont des projets qui coûtent de millions.

Q6. Le Rapport de l’IGF est-il cohérent ?, êtes vous sûre qu’après la mise en accusation des principaux responsables le secteur de l’éducation (EPST) sera t-il assaini ?
SB: il m’est difficile de me prononcer sur ce rapport parce que je ne l’ai pas eu. La copie de ce rapport est invisible donc je ne peux pas spéculer. Mais mon souhait est que l’Etat voye, parce que l’IGF est une entité de l’Etat Congolais, comment encadrer la diffusion de certaines informations sensibles pour ne pa compromettre l’apport de certains partenaires internationaux au développement, parce que d’une manière ou d’une autre c’est le système qui en paye le frais. On pouvait carrément ouvrir une action disciplinaire, ou remplacer ces gens, les mettre à la disposition de la justice et permettre au système d’avancer normalement que d’en faire un problème de communication jusqu’à mettre les partenaires dans un climat de réticence. 

Q7. Que devra être la feuille de route du prochain Gouvernement dans le secteur de l’enseignement EPST?
SB: c’est un ministère gigantesque avec beaucoup de défis, beaucoup de contraintes. Le gouvernement ne donne jamais les moyens pour le pilotage des reformes. La reforme sur la mathématique, la reforme sur le français, la reforme sur l’utilisation des langues nationales et des langues du milieu comme médium d’enseignement. Nous ne pouvons pas comprendre que ce soit toujours les partenaires internationaux qui nous donnent l’argent pour imprimer les livres. C’est quand même absurde. La reforme sur l’enseignement technique, la reforme sur l’enseignement à distance qui est une méga reforme; Il ya beaucoup de reformes.

Donc la mission sera de poursuivre les reformes. Nous avons un problème de gouvernance, des titres et pièce scolaires, les diplômes et cartes d’élèves posent toujours problèmes. La problématique du cadre de partenariat, on ne peut pas comprendre sur plus de onze partenaires éducatifs que compte le ministère de l’EPST,  que le gouvernement continue à croire que ce sont les syndicats qui sont les partenaires privilégiés; Donc autant de problèmes à résoudre pour le prochain gouvernement.

Il faut juste la bonne volonté, le courage au delà des considérations politiques.

©Nakelasi/ ED


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